André-Louis Paré
N° 114 – automne 2016

Politiques du visage


La relation que nous entretenons avec le visage, cette partie antérieure de la tête associée à ce qu’il y a de plus intime dans la personne humaine, n’est pas sans inspirer diverses interventions d’ordre esthétique ou politique. Longtemps considéré comme « le symbole non seulement de l’esprit, mais de l’esprit en tant que personnalité à nulle autre pareille1 », le visage a-t-il encore aujourd’hui cette dignité ? Étymologiquement, le visage signifie ce qui voit et ce qui est vu. Il est caractérisé par sa visibilité. Cette visibilité a forcément une dimension sociopolitique inhérente à l’espace public. Comme surface signifiante qui se donne, se présente, selon ses valeurs, sa culture, le visage, dans toute sa diversité, apparaît dans un face-à-face, un vis-à-vis. Aussi, le visage ne se pense pas sans l’apport d’autrui, sans l’autre visage. Il promeut des liens et le sens de la communauté. Or, pour plusieurs, ces principes qui apparaissent encore comme une évidence sont, dans nos sociétés, qualifiées d’hypermodernes, loin de faire l’unanimité 2.

Dans le domaine artistique, alors qu’il est associé au buste, au portrait, au dessin, le visage a longtemps été de concert avec l’image idéale de l’être humain. Il représentait la figure universelle de notre humanité, celle qui, à travers l’éducation aux Belles-Lettres et aux Beaux-Arts, sera porteuse de valeurs et d’attitudes quant à une conception de la civilisation qui se sera développée en Occident. Dans cette perspective humaniste, la représentation du visage en sculpture n’est pas comparable à celle qui se manifeste dans la peinture.


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