Bénédicte Ramade
N° 103-104 – printemps-été 2013

Géolocalisation : vous êtes ici


Alors que le logiciel de géolocalisation d’Apple vient récemment de « perdre » deux utilisateurs en plein désert australien et que la Chine vient d’amorcer une contre-offensive satellitaire afin de proposer, d’ici à 2020, une alternative à l’hégémonie américaine du système GPS, notre rapport quotidien à la cartographie s’érode à grands pas et déréalise de plus en plus le lien entre le territoire et sa mise sur plan. Supplantée par le zoom satellite offert par Google™, la carte se voit aussi dépassée par la vue de rue du même logiciel (Google Street View), dispensant ainsi l’usager de tout déplacement sur le terrain. Comme si les « exercices » conceptuels d’Art & Language visant, notamment, à placer isolément des états américains sur une page blanche (Map Not to Indicate…, 1967) avaient anticipé l’actuelle dématérialisation territoriale.

David Renaud, artiste français quadragénaire, a développé depuis la fin des années 1990 une pratique sculpturale de la cartographie qui ménage une expérience concrète au spectateur, plus habitué dans ce domaine aux observations planes. En effet, une longue généalogie d’artistes cartographes, géographes et aussi topographes pourrait être dressée afin de servir d’introduction à l’approche de Renaud, quoique la plupart se cantonne à la qualité originelle de la carte, sa bidimensionnalité. Si cet artiste n’échappe pas à cet atavisme en se livrant lui-même à des retouches de cartes, des jeux graphiques et picturaux, l’exploitation qu’il fait du rapport à l’échelle et à la volumétrie fait basculer la lecture du spectateur dans un arpentage attentif, voire


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