Cartographie et art contemporain. « Le corps du lieu 1 »
Lorsqu’au Ve siècle av. J.-C. Hérodote cherchait à comprendre les causes de la guerre entre les Grecs et les Perses, il peignait, à l’aide de mots, un monde en forme de boîte crânienne. Une telle représentation anthropomorphique nous plonge d’emblée au cœur de la problématique inhérente à la constitution d’une cartographie : en cherchant à visualiser de la manière la plus scientifique possible l’organisation des territoires, c’est lui-même que l’homme représente, c’est lui-même qu’il cherche à dessiner.
Le monde est petit ; les terres en forment les six septièmes et un septième
seulement en est couvert d’eau. La preuve de cela est déjà faite et je l’ai
exposée dans d’autres lettres, au moyen de citations de la Sainte Écriture,
avec la position du Paradis terrestre 2.
Le témoignage de Christophe Colomb, environ 2000 ans plus tard, est encore celui d’un homme pris dans son siècle qui se représente un monde fini et ordonné rationnellement. Dans son esprit, le calcul doit permettre de trouver les voies navigables menant aux Indes. L’homme est au centre de la création : les éléments, les animaux comme les sauvages s’ordonnent à sa volonté. Il est émouvant de constater à la fois l’étrangeté et l’exiguïté de ce monde encore médiéval : les terres souvent foisonnantes sont peuplées d’hommes et d’animaux extraordinaires, concentrant sur une petite parcelle les possibles inouïs de la création. Déjà au siècle des explorateurs, comme le prouve l’exposition de portulans 3 (l’Âge d’or des carte marines. Quand
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