Bête Noire de Kent Monkman, la revanche par le diorama
Les premiers dioramas représentant des animaux dans leur habitat naturel furent introduits dans les musées d’histoire naturelle, en Amérique du Nord, à la fin des années 1880. Si ces nouveaux dispositifs étaient directement inspirés des dioramas que Louis Daguerre avait mis au point en 1822, ils s’en distinguaient toutefois sur un point crucial : l’introduction de la troisième dimension. Alors que les dioramas de Daguerre étaient avant tout des spectacles de théâtre, qui cherchaient à créer l’illusion de la réalité par des effets d’éclairage de scènes peintes sur les deux faces d’une toile, les dioramas de musée atteignirent cet objectif de façon beaucoup plus efficace en jouant sur la contiguïté visuelle entre une scène en trois dimensions, contenant une ou plusieurs figures, et un fond panoramique peint en trompe-l’oeil 1. Ce nouveau dispositif, qui se voulait à la fois didactique et distrayant, offrait un étrange mélange de réalité et de fiction : d’un côté, la peau ou le plumage des animaux naturalisés et des éléments végétaux ramenés après chacune des expéditions sur le site représenté ; de l’autre, un paysage et un décor peints et des figures soigneusement sculptées pour donner l’impression d’être saisies sur le vif. Car les figures qui composaient les premiers dioramas de musée étaient d’abord soigneusement sculptées en argile pour reproduire les moindres détails de l’anatomie animale avant d’être recouvertes de peau 2. Le résultat du dispositif était spectaculaire : le public contemplant la scène derrière une vitre se retrouvait littéralement plongé dans un environnement
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