World of Matter, ou la pensée complexe des territoires
Quand je parle de complexité, je me réfère au sens latin élémentaire du mot « complexus », « ce qui est tissé ensemble. »
-Edgar Morin
Si la question écologique s’est longtemps exprimée (et continue de le faire) dans un contexte alarmiste, nombreux aujourd’hui sont les artistes qui considèrent qu’une telle urgence demande qu’on prenne le temps, au contraire, d’ausculter consciencieusement nos cadrages épistémiques de la nature. Il n’y a qu’à penser aux cabinets de curiosité et autres archaïsmes remaniés par Mark Dion (Theatrum Mundi: Armarium, 2001), aux rapport coévolutifs entre la culture visuelle, la science et le nationalisme chez Simon Starling (Black Drop, 2012; Island for Weeds, 2003), au retour incisif sur la tradition naturaliste opéré par Walton Ford (Delirium, 2004) et à la capsule temporelle que Trevor Paglen a envoyée dans l’orbite de la terre pour un temps prospectif immémorial (The Last Pictures, 2012). Il semblerait qu’en abordant le présent écologique sous l’angle de sa densité mémorielle, ces pratiques modèrent l’urgence eschatologique par la force évocatrice de ce que Dieter Roelstraete désigne comme un « imaginaire archéologique 1 ».
En plus de manifester une profondeur diachronique, le travail de terrain mené par le collectif World of Matter s’inscrit tout aussi bien dans un registre de pratiques qui explore l’enchevêtrement de l’environnement matériel avec les structures humaines et culturelles sur un plan synchronique et géographiquement distribué. Leurs activités de recherche tissent en effet des liens transversaux entre le Canada, le Bangladesh, l’Égypte, le Libéria, la Hollande,
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